
Chères lectrices, chers lecteurs, cher toi,
Dans cette nouvelle série d’articles, j’ai envie de te parler d’une femme qui m’inspire: Kaneko Misuzu (金子みすづ). Il s’agit d’une poétesse japonaise du XXe siècle. Elle est née en 1903 et a grandi entourée de livres puisque sa famille possédait une librairie. Misuzu a eu la chance de pouvoir aller à l’école jusqu’à ses 18 ans. A cette époque, les filles finissaient l’école primaire puis allaient aider leur mère avec les tâches ménagères.
L e père de Misuzu est décédé quand celle-ci n’avait que 3 ans. Son frère a été adopté par son oncle à ce moment-là. Pourquoi je précise? parce qu’à 22 ans, son cousin lui demande en fiançailles (sauf que son cousin, c’est aussi son frère- les deux ne sont pas au courant vu qu’ils étaient tout petits ?!) Pour que le mariage se fasse, la famille magouille et prétend que c’est juste un employé de la librairie familiale… Misuzu ne l’aime pas, lui et son style de vie, à aller tout le temps au bordel et à coucher à gauche à droite. Il lui file même la syphilis, alors qu’elle portait son enfant. En plus de le supporter au quotidien, « il lui interdit d’écrire et de publier ». Cet homme a rien à faire envie, la pauvre…
Evidemment, elle demande le divorce (je l’aurai fait bien plus tôt!) mais tu le sens venir, c’est le mari-cousin-frère qui obtient la garde de leur fille. Avant de se suicider aux somnifères, Misuzu confie son enfant à sa mère. Elle n’avait que 27 ans (1930).
Il faudra attendre 1982 pour la publication de ses poèmes: un total de 512 poésies pour enfants. De son vivant, seules 80 oeuvres sont publiés dans des revues.
L’émission radio que j’ai écouté pour écrire sa biographie se nomme « Les Grands Macabres » et met en lumière des personnalités parties trop tôt. Bertrand Dicale, journaliste et animateur radio, lui leur rend hommage le jour de leur décès. Il a donc consacré 5 min à parler de la vie de cette écrivaine le 10 mars 2021, le même jour de la mort de Misuzu (10 mars 1930). L’animateur radio rajoute vers la fin une anecdote que je trouvais assez belle: il explique que lors du tsunami de mars 2011, qui a choqué toute la population nipponne, au lieu de mettre des publicités commerciales à la télé, ce sont les poèmes de Kaneko qui étaient diffusée. Il s’agit là du moment où la poétesse est rentrée dans la culture nationale.
« Ecrasée par le poids du patriarcat et du sexisme dans le Japon des années 1920, elle laisse un héritage redécouvert longtemps après sa mort »
– Bertrand Dicale
Ma mama m’a offert un jour son recueil de poème intitulé : « Moi et le petit oiseau et la clochette » Ce livre a dormi pendant toute mon adolescence dans ma bibliothèque. Aujourd’hui, j’ai décidé d’enfin l’ouvrir pour qu’il se révèle à moi, et à toi pour la même occasion.
Pour chaque poème, tu auras la transcription en japonais (+ la prononciation + la traduction), un dessin fait par mes soins et mon avis en tant qu’amatrice de poésie (pas un truc poussé en mode je suis étudiante en lettres pcq c’est trop long à faire, puis je suis en histoire pas en littérature!) J’aimerais que ces articles soient aussi doux et mignons que les poèmes de Misuzu.
J’ai hâte de te faire découvrir son univers!
N’oublie pas tes médicaments, bisous toi,
Maki Sophia
Pour en savoir plus:
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- Emission radio écoutée pour rédiger cet article: « Misuzu Kanéko, la poétesse maudite » in Les Grands Macabres, émission présentée par Dicale B., Radio France (France), 10 mars 2021, 4min24, consulté sur le site de Radio France, https://www.radiofrance.fr/francemusique/podcasts/les-grands-macabres/misuzu-kaneko-poetesse-maudite-1633306 , le 18 février.
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- ITOH Mayumi, Kaneko Misuzu, Life and Poems of a Lonely Princess, édition indépendante, 372 p., janvier 2018.
- http://misuzukaneko.com/index.php/who-was-misuzu/